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Un inventaire de l'intime ... (témoignage d'une modèle photo)

Dernière mise à jour : 2 nov. 2023

Témoignage d'une modèle photo

Elle pourrait se souvenir de cette rencontre comme de ce qui n'eut pas lieu... Ils se sont rencontrés à Arles cet été, autour d'une table. La Nuit de l'Année. Il était provocant, parlait d'amour et de relation libre. Damien avait disparu, subitement. Elle connaissait à peine son nom mais avait retrouvé sa trace. Il est photographe et maintenant, ils se donnaient rendez-vous à Paris, pour une séance photo.

Elle a choisi l'hôtel. Luxueux, confortable, impersonnel. En arrivant, elle a profité de la chambre. Elle est sortie, a vu une exposition puis s'est préparée pour cette soirée. Elle sait seulement qu'il lui plaît. Elle l'a rejoint dans le hall et ils sont allés boire un verre au Windo Bar. Ils ont parlé d'art, de voyages et de photographie. Elle n'a pour ainsi dire pas regardé la vue offerte sur Paris. Juste lui. Elle est restée sobre mais a amené une bouteille de Champagne.


Et si on allait dans la chambre !

Dans l'après-midi, en rentrant de l'exposition sur Caravage, elle a photographié les murs de la chambre, le lit, les rideaux. Ses affaires, surtout les plus personnelles, sa robe, ses boucles d'oreilles, son collier, ses dessous. Et la vue sur Paris, cette immense ouverture sur l'espace- toits, grues, paraboles; la terrasse où les employés de l'hôtel viennent prendre leur pause. Sorte d'inventaire de l'intime. Coucher de soleil à tomber. Le temps file. Elle est dans l'attente. Elle attend que l'homme vienne franchir l'embrasure de la porte.

Il ne se passe rien dans la chambre. Elle est là. Lui aussi. Elle n'ose pas se déshabiller, ne sait pas encore comment faire. Comment en arriver là ? Elle pense à d'autres moments de sa vie. Refuse d'y songer. Enlever ses vêtements est facile, mais se mettre à nu, véritablement... Elle a cette pudeur. La bouteille est au frais. Elle se sert, boit trop vite, volontaire. Elle regarde droit devant elle, légèrement de trois-quart. Monomanie ou convulsion de l'ivresse. Mais d'où vient cette lumière, cet éclair, ce regard qui transperce ?

La lampe est allumée. Géométrie impeccable et parfaite de l'objet industriel. Lignes droites et rectangles. Ne rien dire du miroir. Il est là. Contraste. Elle lui tourne le dos. Ne sait pas vraiment ce qu'elle montre mais le fait. Sa nudité bien en chair. Son cul. Quelque chose de monumental. Penchée, demi-nudité. Le soutien-gorge, noir sur la peau. Noir de la culotte, bien remontée. La robe de dentelle qui pend, devant. Soubrette ou bien pute. Mais encore ? Ni l'une ni l'autre. Ses fesses, ses cuisses, sa peau pommelée. Sa peau, sa peau surtout. Le lit est si bien fait.


Le sein

Fragment d'un corps, comme nous serions poussières d'étoiles. Unité perdue que le regard seul ne peut embrasser. Plénitude de ce sein. Le mot tombe. Il est gros. C'est tout ? Énorme. Elle ne manque pas de rire. L'homme a dit vrai. Et la poésie, bordel de merde ! Damien ne sait rien, mais l'homme, lui, bande à mort. Le sein paradis. Blanc et rond. Courbe, laiteux, magnétique. Émergent des ténèbres, il s'étale et s'exhibe; n’adhère pas au langage. Strié et soyeux, lourd de toutes ses histoires. Une joie d'affranchie à l'écrire. Elle s'appelle Vasco de Gama. La main tapie dans l'ombre est la poétique. L'homme n'est pas fait pour rester quelque part.

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